Un logement classé A, B ou C au diagnostic de performance énergétique (DPE) se loue plus vite qu’un bien étiqueté E, F ou G dans les grandes métropoles françaises. Ce constat, documenté par des observatoires de marché comme SeLoger et la FNAIM depuis 2023, redistribue les cartes du marché locatif urbain. La rénovation énergétique ne se limite plus à une obligation réglementaire : elle modifie directement le comportement des locataires au moment de choisir leur logement.
DPE affiché dans les annonces : un filtre de sélection devenu réflexe
Depuis la loi Climat et Résilience de 2021, la classe DPE est obligatoire dans chaque annonce immobilière. Cette information, autrefois secondaire, structure désormais la recherche des locataires sur les plateformes en ligne.
Les filtres de recherche intègrent la performance énergétique comme critère actif. Un locataire qui coche « A à C » élimine automatiquement les logements mal classés, avant même de consulter les photos ou le prix. Le DPE fonctionne comme un tri préalable, comparable au nombre de pièces ou à la localisation.
L’estimation de la facture énergétique annuelle, affichée à côté de la classe DPE, renforce cet effet. Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, un logement classé F ou G signale des charges élevées. Les locataires urbains, souvent jeunes actifs ou couples, intègrent ce coût dans leur budget global et écartent les biens trop énergivores.

Calendrier d’interdiction des passoires thermiques et tension locative
Le calendrier réglementaire impose des échéances précises aux propriétaires bailleurs. Depuis janvier 2025, les logements classés G sont considérés comme non décents et ne peuvent plus faire l’objet d’un nouveau bail. En 2028, les logements classés F suivront la même règle.
Cette mécanique retire progressivement du marché locatif les biens les plus énergivores. Dans les grandes villes où la demande dépasse déjà l’offre, la conséquence est double :
- Les propriétaires qui rénovent conservent leurs logements sur le marché et captent une demande croissante de locataires sensibles à la performance énergétique.
- Les propriétaires qui n’engagent pas de travaux voient leur bien devenir inlouable à l’échéance légale, ce qui réduit l’offre disponible et accentue la tension.
- Les locataires disposant d’un choix orientent leurs candidatures vers les biens rénovés, ce qui raccourcit les délais de location pour ces logements.
À Paris, plus de la moitié des résidences principales étaient classées E, F ou G en 2018 selon l’Insee. Le volume de logements concernés par ces interdictions y est donc considérable.
Rénovation énergétique et loyers : ce que les propriétaires peuvent attendre
Les logements classés F ou G sont soumis à un gel des loyers depuis 2022. Un propriétaire qui n’a pas rénové ne peut pas augmenter le loyer lors du renouvellement du bail ou d’une remise en location, même dans une zone tendue.
Après rénovation, si le logement atteint une classe D ou mieux, cette contrainte disparaît. Le propriétaire retrouve la possibilité d’ajuster le loyer dans le cadre réglementaire local. Ce mécanisme crée un écart de rentabilité direct entre un bien rénové et un bien resté en l’état.
Vacance locative et rotation des locataires
Les données des réseaux d’agences montrent une vacance locative plus faible sur les logements rénovés dans les métropoles comme Lyon, Bordeaux ou Nantes. Un bien performant attire davantage de candidatures, ce qui permet au propriétaire de sélectionner des profils stables.
La rotation diminue aussi. Un locataire satisfait de ses charges énergétiques et de son confort thermique reste plus longtemps. Moins de changements de locataires signifie moins de frais de remise en état et moins de périodes sans loyer.

Travaux de rénovation énergétique : arbitrer entre coût et gain locatif
Tous les travaux ne produisent pas le même effet sur la classe DPE. L’isolation thermique des murs et de la toiture génère le gain de performance le plus significatif, devant le remplacement du système de chauffage ou l’installation d’une ventilation mécanique contrôlée.
Dans les copropriétés des grandes villes, les décisions d’isolation de façade ou de toiture dépendent du vote en assemblée générale. Ce frein collectif explique en partie la lenteur des rénovations dans le parc privé parisien, où la majorité des logements sont en copropriété.
Aides financières et reste à charge
Les dispositifs d’aide (MaPrimeRénov’, certificats d’économie d’énergie, aides locales) ont été élargis à l’ensemble des propriétaires, occupants comme bailleurs. La loi Climat et Résilience a accéléré cette ouverture pour inciter les bailleurs à engager des travaux avant les échéances d’interdiction.
Le reste à charge varie fortement selon la nature des travaux et les revenus du propriétaire. Pour un bailleur en grande ville, l’arbitrage se fait entre le coût immédiat de la rénovation et la perte de revenus locatifs en cas d’inaction : gel du loyer à court terme, interdiction de louer à moyen terme.
Performance énergétique et choix des locataires en ville : un lien durable
La préférence des locataires urbains pour les logements rénovés ne repose pas uniquement sur la réglementation. Le confort thermique (absence de courants d’air, température stable, humidité maîtrisée) et la maîtrise des charges pèsent dans la décision, surtout quand plusieurs biens comparables sont disponibles dans le même quartier.
Les baromètres de marché publiés depuis 2023 confirment une réduction significative des délais de location pour les biens classés A à C par rapport aux biens D et au-delà. Cette tendance s’observe dans les métropoles où l’offre locative reste suffisamment diversifiée pour que les candidats exercent un vrai choix.
Le parc locatif des grandes villes françaises se segmente désormais autour de la performance énergétique. Les propriétaires qui ont anticipé les travaux captent une demande solide. Ceux qui attendent les échéances réglementaires risquent de rénover dans l’urgence, avec des artisans moins disponibles et des coûts plus élevés.